COMME UNE FILLE MODERNE

COMME UNE FILLE MODERNE EN VENTE

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Petits morceaux de statue

LE PÈRE DU FILS

Maurice Garrel est décédé. La tristesse est immense. Très peu d’extraits de films sont disponibles sur le net. Heureusement, il y a celui du repas en famille dans Les Amants réguliers (voir ci-dessous). Maurice Garrel est hors-champ et apparaît par la voix. « Ça va ? ». Cette voix chargée, caverneuse, usée et belle. Comme souvent chez Philippe Garrel, la caméra attend ses personnages sur le pas de la porte. Le fils passe d’abord, le grand-père ensuite. Et au milieu, l’image du père qui relie les générations. Et Maurice Garrel trouve une chaise. Il touche souvent son visage émacié avec ses mains fines et élégantes. Il cligne des yeux souvent : des tics tristes. Soudain, il se met à parler de l’âge. Des éléphants qui vivent trois siècles. Et il apostrophe un oiseau imaginaire au ciel, avec la même drôlerie que Jean-Pierre Léaud qui voit une grenouille au plafond chez Eustache. Puis vient le tour du tour. De magie. C’est le retour à l’enfance d’un vieil homme, qui n’arrive plus. Le grand-père n’était que père dans Les Enfants désaccordés. Il est devenu tyran dans Marie pour mémoire. C’est toute la lutte d’un cinéma à venir – celui de son fils – à lutter contre la tyrannie des pères et des pairs. Le souvenir le plus marquant qui me vient à l’esprit quand je pense à Maurice Garrel, est son manteau trop grand dans Liberté, la nuit, quand il annonce qu’il ne peut plus aimer, que c’est terminé. Il se lève et quitte la pièce, pénétrant le couloir avec les angles expressionnistes des extrémités de cet imperméable gris. L’homme et sa carcasse, qu’il balade malgré lui. C’est un souvenir simple mais suffisant, car il appartient à l’image muette qui n’arrive pas à se taire. Maurice Garrel est décédé trois jours avant Jorge Semprun. Son fils Jaime Semprun, a réalisé un court-métrage en 1968 portant le titre : Le Meurtre du père. Avec qui ? Avec Philippe Garrel. Tout est dit. This Time Tomorrow. 


Le magicien

SOUVENIRS DE LA MAISON OUVERTE

Le sourire de la jeunesse qui fout l’camp

Le sourire de la jeunesse qui fout l’camp

Occupez-vous des corps, ils s’en moquent
Le ciel est une toile qui se repaît des yeux levés
Une balade sur le Léviathan

MONUMENTA

Une balade sous le Léviathan

UNE BÂCHE

Il faut tout recouvrir. Avec une bâche ou un drap. Te souviens-tu ? C’est un grand terrain de nulle part, avec ses belles poignées d’argent. Il meurt péniblement sous l’air sec de la nuit morte. Voyez-vous périr la joie ? Des mains cruelles ont fabriqué nos mémoires. Et faibles, nous allons avec du sang. C’est un jeu où tout se perd, où la lune est chaude parce qu’elle est veule : seule trace de vie. Dans le noir vous gisez aveugles comme des automates bricolés. Voyez-vous périr vos haines ? Tout est pareil dans les rues aux échos de silence. Ce grand terrain s’annule sous l’œil enfumé qui a nous a vêtu de vide. Donnez-vous la main, vous aurez au moins la croyance pour vous. Pourquoi ne dis-tu pas ce que tu ne ressens pas, au lieu de rester là à travailler ta mort sous l’aube de tes méfaits ? Cramées, les vallées lointaines de nos souvenirs ferment leurs yeux dans l’effroyable calme de la destruction. Je m’essaye à placer au centre du temps, la clarté de moi. Tous les cadrans se font la gueule. La grâce n’existe plus quand tu te mets à pleurer, quand les aiguilles tutoient les liquides, quand jaillissent les délicieux  portraits de sang. Alors, tout est guidé par les étoiles et pour une seconde. Il m’est impossible de me décrire. Pourtant le soleil tient debout depuis peu. Autour de lui gravitent des souliers aimables qui se plaisent à décorer leurs lacets d’une odeur de suicide. Des diagonales d’abimes drapent mon visage.

Saturno devorando a un hijo